Tous les mois, un expert de l’ADEME décrypte un enjeu clé pour la transition énergétique.

3 questions à David Marchal, expert ADEME sur les enjeux du photovoltaïque

Ce mois-ci, David Marchal répond à 3 questions sur « le solaire photovoltaïque »

© ADEME

Question 1 : Quelles sont les perspectives de développement de la filière solaire photovoltaïque dans les prochaines années en France et dans le Monde ?
Le photovoltaïque  est une des sources d’énergie qui  devrait être la plus déployée à l’avenir dans le monde,  avec des perspectives de croissance d’environ 40GW/an  de 2015 à  2020.  Elle est ainsi l’une des énergies la plus déployée dans le monde, à la deuxième position parmi les énergies décarbonées en capacité annuelle, derrière l’éolien mais devant l’hydroélectricité et le nucléaire.

Si ce rythme d’installation annuel est régulier depuis quelques années, il est toutefois à mettre en perspective avec une mutation profonde de la  structure de ce marché : d’un marché concentré sur l’Europe tiré par les politiques de soutien, la demande se  déplace sur l’Asie (qui représentera un marché 3 fois plus important que l’Europe sur la période  2015-2020). En outre, un modèle de marché du PV non subventionné commence à émerger dans un certain nombre de pays.

Question 2 : Quel type d’installation a le plus grand potentiel de développement en France : les centrales au sol ou bien l’intégration au bâti ?

La France a tout intérêt à soutenir ces deux types d’installation : développer les grandes centrales pour contribuer de façon conséquente à l’approvisionnement en électricité français, à moindre coût pour la collectivité ; soutenir des solutions innovantes d’intégration au bâti, à haute valeur ajoutée, pour préparer les acteurs français au marché du bâtiment à énergie positive.

Même si le soutien public aux centrales au sol dans le Sud de la France permet de mener une politique de déploiement du photovoltaïque à moindre coût pour la collectivité, leur développement doit s’envisager  dans la durée et de façon concertée en prenant en compte l’emprise au sol de ces centrales, la capacité d’absorption du réseau ou encore les évolutions potentielles de perceptions et d’acceptabilité sociale.  L’exploitation des grandes toitures (entrepôts, bâtiments commerciaux ou industriels) qui représentent un gisement très important, constitue à cet effet une alternative qui doit être également encouragée pour permettre l’atteinte des objectifs de puissance installée à moyen-long terme.

Si le développement du surimposé est privilégié dans la plupart des pays car il permet de limiter le coût de déploiement des installations,  l’intégration au bâti a une pertinence économique dans le secteur du bâtiment neuf et constitue toujours une opportunité de créer de la valeur ajoutée, de la conception à l’installation des procédés photovoltaïques spécifiques ; elle permet en outre aux industriels de se positionner dès aujourd’hui dans l’optique du Bâtiment à Energie Positive (BEPOS).

Question 3 : Quels seraient les avantages liés au développement de l’autoconsommation ?

Actuellement, le système de soutien au photovoltaïque incite le producteur d’électricité à injecter sur le réseau la totalité de sa production et à acheter à son fournisseur l’intégralité de sa consommation. Comparativement, l’autoconsommation, qui revient à consommer sa propre production, comporte certains avantages notables :

  • Réduire la pression sur le réseau électrique, en incitant le développement d’installations PV là où l’énergie peut être consommée sur place,
  • Diminuer les pertes de distribution et transport d’électricité grâce au rapprochement entre lieu de production et de consommation,
  • Sensibiliser le producteur à sa consommation d’électricité,
  • Proposer un mode de financement du PV complémentaire au dispositif historique, basé sur la revente totale de l’électricité produite.

Par ailleurs, l’autoconsommation se révèle particulièrement pertinente dans les zones où le réseau est contraint (Zones Non Interconnectées) et dans les bâtiments où la production et la consommation sont bien corrélées (supermarchés, entrepôts frigorifiques, certains bureaux…).

Pour autant, dans les conditions actuelles, avec des prix de l’électricité relativement faibles, l’autoconsommation n’est pas rentable pour le producteur d’électricité. Un mécanisme de soutien et d’encadrement de l’autoconsommation ayant fait l’objet d’une concertation publique est actuellement étudié par le gouvernement français.

David Marchal, Chef de service adjoint Réseaux et Energies Renouvelables à la Direction Production et Energie Durable (DPED) de l’ADEME.